Dans certaines régions, construire une maison ou un bâtiment peut rapidement virer au cauchemar si l’on ignore la nature du sol. Parmi les sols les plus problématiques, on retrouve ceux contenant des argiles gonflantes. Ces sols ont la particularité de changer de volume en fonction de leur teneur en eau. Lorsqu’ils sont saturés, ils gonflent. En période de sécheresse, ils se rétractent. Ce phénomène naturel, appelé retrait-gonflement des argiles, peut provoquer de graves désordres sur les constructions : fissures sur les murs, déformation des fondations, soulèvement des dallages, etc.
Mais comment identifier la présence de ces sols instables avant qu’ils ne causent des dégâts irréversibles ? C’est à cette problématique que répond cet article.
Comprendre le phénomène des argiles gonflantes

Les argiles gonflantes sont des matériaux argileux qui présentent un fort potentiel de variation volumique en fonction de leur taux d’humidité. Les minéraux en cause, comme la smectite, la montmorillonite ou encore l’illite, possèdent une structure en feuillets qui absorbe l’eau et provoque un gonflement. Inversement, en cas de sécheresse, ces minéraux se contractent, entraînant une rétraction du sol.
Ce phénomène cyclique de retrait-gonflement des argiles est directement influencé par les conditions climatiques : alternance de fortes pluies et d’épisodes de sécheresse, de plus en plus fréquente avec le changement climatique. Le sol peut alors exercer des pressions verticales et horizontales sur les structures, provoquant des tassements différentiels, des soulèvements ou des fissures structurelles.
Études géotechniques pour détecter les argiles gonflantes
Pour détecter de manière fiable les argiles gonflantes, l’étude de sol constitue une étape incontournable. La première approche possible est l’étude géotechnique de type G1, souvent réalisée avant l’acquisition d’un terrain. Elle donne un aperçu général de la nature des sols et identifie d’éventuelles contraintes géotechniques, sans toutefois entrer dans une analyse poussée.
En revanche, les études de type G2 AVP (Avant-Projet) et G2 PRO (Projet) sont les plus pertinentes pour évaluer précisément le comportement du sol face à un projet de construction. Ces missions incluent :
- Des forages à la tarière ou destructifs, qui permettent de prélever des échantillons à différentes profondeurs.
- Des essais pressiométriques, qui mesurent la résistance du sol à la pression.
- Des essais pénétrométriques, qui évaluent la compacité et la portance du terrain.
- Des analyses en laboratoire sur les échantillons recueillis : mesure de la limite de liquidité, de la plasticité et de l’indice de retrait-gonflement (IRC ou IGP), qui quantifie le potentiel de gonflement du sol.
L’ensemble de ces données permet de caractériser la présence d’un sol argileux et son comportement en cas de variations hydriques. Ces études sont encadrées par la norme NF P 94-500, qui structure les missions géotechniques en fonction de l’avancement du projet.
Utiliser les cartes d’exposition aux argiles gonflantes
Le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières) met à disposition du public une carte nationale d’exposition au retrait-gonflement des argiles, accessible via le site Géorisques. gouv.fr. Cette carte classe les zones selon leur niveau de susceptibilité : faible, moyen ou fort.
Pour un terrain donné, il suffit de renseigner son adresse dans le moteur de recherche de la plateforme pour obtenir une première estimation du risque. Cette carte est particulièrement utile dans le cadre de l’Information Acquéreur Locataire (IAL), qui impose aux vendeurs de signaler les risques naturels connus sur leur bien. Elle est également mobilisée dans les secteurs couverts par la loi Elan, visant à renforcer la prévention des désordres liés à la sécheresse.
Toutefois, il est important de souligner que cette carte a une valeur indicative. Elle ne remplace en aucun cas une étude géotechnique spécifique, indispensable pour statuer sur le comportement réel du sol au droit d’un projet de construction.
Comment anticiper et prévenir les effets des argiles gonflantes ?

Une fois le risque détecté, plusieurs mesures préventives peuvent être mises en place pour éviter les désordres structurels liés aux argiles gonflantes.
Tout d’abord, il est recommandé d’adapter les fondations en fonction du niveau de risque identifié :
- Mise en œuvre de semelles profondes pour atteindre une couche stable,
- Réalisation d’un radier général pour répartir les efforts,
- Utilisation de cavités techniques ou vide sanitaire pour éviter les contacts directs.
Ensuite, une bonne gestion des eaux pluviales est essentielle :
- Évacuation rapide des eaux loin du bâti,
- Installation de drains périphériques,
- Contrôle régulier de l’état des gouttières et évacuations.
Il est aussi conseillé d’éviter les plantations à proximité immédiate des fondations, les racines pouvant perturber l’humidité du sol. Enfin, la surveillance de l’humidité ambiante autour du bâtiment (fuites, arrosage excessif, ruissellement) permet de stabiliser le comportement du sol.
Ces solutions ne sont pertinentes que si elles sont mises en œuvre en amont, d’où l’intérêt fondamental de faire réaliser une étude géotechnique avant tout projet de construction ou d’extension.
Conclusion
Les argiles gonflantes ne doivent pas être perçues comme une fatalité, mais comme un risque maîtrisable à condition d’être détecté à temps. Grâce à une combinaison d’observations sur le terrain, d’études de sol rigoureuses et de l’usage des cartes d’exposition, il est tout à fait possible d’anticiper les désordres liés au retrait-gonflement des argiles. Au cœur de cette démarche se trouve l’étude géotechnique, seule capable de révéler la réalité du sol argileux et d’orienter les solutions constructives adaptées.


