En France, près de 54 % du territoire est exposé à un risque moyen ou fort de retrait-gonflement des argiles, selon les données du BRGM. Pourtant, la question de savoir qui finance l’étude de sol reste encore source de confusion entre vendeurs, acheteurs et constructeurs. Depuis la loi ELAN du 23 novembre 2018, le cadre légal est pourtant clair : chaque acteur de la chaîne immobilière supporte une charge définie selon l’étape du projet. Comprendre cette répartition, c’est éviter les litiges et sécuriser son investissement dès l’origine.
La loi ELAN impose-t-elle une étude de sol au vendeur d’un terrain constructible ?

Oui, et c’est l’une des obligations les plus méconnues du droit immobilier. L’article 68 de la loi ELAN du 23 novembre 2018, complété par le décret n° 2019-495 du 22 mai 2019, impose au vendeur d’un terrain constructible situé en zone d’aléa moyen ou fort au risque de retrait-gonflement des argiles de fournir une étude géotechnique préalable de type G1. Cette obligation est entrée en vigueur le 1er octobre 2020.
La mission G1 (dite ES + PGC) comprend deux volets : une étude de site (ES) permettant de caractériser les formations géologiques, et un principe général de construction (PGC) donnant des recommandations préliminaires sur les fondations. Ce document doit obligatoirement être annexé à la promesse de vente ou, à défaut, à l’acte authentique. En l’absence de cette étude, l’acheteur peut demander la résolution de la vente ou une réduction du prix.
Le coût de cette étude de sol G1 est intégralement à la charge du vendeur. Il se situe entre 800 € et 1 500 € pour un terrain de taille standard, et peut atteindre 2 000 € pour un grand terrain ou un projet de lotissement. Sa durée de validité est de 30 ans, à condition qu’aucun remaniement du sol n’ait été réalisé.
Qui finance l’étude G2 indispensable avant de construire ?
Une fois le terrain acquis, la responsabilité de l’étude géotechnique bascule vers le maître d’ouvrage, c’est-à-dire la personne qui fait construire : un particulier, un promoteur ou une société de construction. La loi ELAN, en son article 68, impose en effet au maître d’ouvrage de fournir ou de faire réaliser une étude géotechnique de conception de type G2 avant tout démarrage des travaux.
Cette obligation s’applique depuis le 1er janvier 2020 pour toute construction à usage d’habitation implantée en zone d’aléa moyen ou fort, quelle que soit la formule retenue : contrat de construction de maison individuelle (CCMI), auto-construction ou maîtrise d’œuvre privée. En dehors de ces zones, le DTU 13.1 (norme NF P 94-500) recommande également une étude G2 pour garantir le dimensionnement des fondations et satisfaire aux exigences des assureurs dans le cadre de la garantie décennale.
Le constructeur de maisons individuelles paie-t-il l’étude de sol à la place de l’acheteur ?

Dans le cadre d’un contrat de construction de maison individuelle (CCMI), c’est le constructeur qui commande et règle l’étude de sol G2, mais son coût est systématiquement répercuté dans le prix global du contrat. L’acheteur en supporte donc indirectement la charge, sans en avoir nécessairement conscience lors de la signature.
Cette pratique est légale et transparente dès lors que le CCMI précise les prestations incluses. En revanche, si l’acheteur fait appel à un architecte ou signe un contrat de maîtrise d’œuvre, il doit généralement commander l’étude G2 lui-même auprès d’un bureau d’études géotechniques indépendant. Dans tous les cas, la G2 reste à la charge financière du maître d’ouvrage, que ce soit directement ou via le contrat de construction.
L’essai pressiométrique est l’une des investigations de terrain systématiquement réalisées lors d’une mission G2 : il mesure la résistance du sol en place et guide le dimensionnement des fondations superficielles ou profondes.
Quelle répartition des charges selon le type de projet immobilier ?
La répartition du coût de l’étude de sol varie selon la nature de l’opération immobilière. Le tableau suivant synthétise les obligations légales et pratiques pour les cas les plus courants.
| Situation | Type de mission | Qui paie ? | Coût indicatif (2026) |
| Vente terrain constructible (zone argile) | G1 ES + PGC | Vendeur | 800 € – 1 500 € |
| Construction neuve (maîtrise d’œuvre) | G2 AVP + PRO | Acheteur/Maître d’ouvrage | 2 000 € – 3 600 € |
| CCMI (constructeur de maisons) | G2 intégrée | Constructeur (répercuté sur l’acheteur) | Inclus dans le prix |
| VEFA (achat sur plan, promoteur) | G2 + G3/G4 | Promoteur (intégré au prix de vente) | Inclus dans le prix |
| Extension ou rénovation lourde | G5 diagnostic | Propriétaire (maître d’ouvrage) | Sur devis |
Peut-on négocier la prise en charge de l’étude de sol lors d’une vente ?

Sur le plan strictement juridique, la loi ELAN ne laisse pas de marge de manœuvre sur la G1 : le vendeur est tenu de la fournir avant la vente, et ne peut pas en transférer la charge contractuelle à l’acheteur. Toute clause contraire serait réputée non écrite. En revanche, rien n’interdit à un acheteur de commander, à ses propres frais, une G1 complémentaire s’il souhaite approfondir les investigations avant de signer.
Pour la G2, la négociation est davantage possible dans le cadre d’un CCMI ou d’un contrat de promotion immobilière. Un acheteur averti peut exiger que l’étude G2 soit réalisée par un bureau d’études indépendant, et non par le bureau interne du constructeur. Cette précaution garantit une meilleure objectivité des recommandations, notamment sur le type de fondations préconisé.
Il est également possible, lors de la négociation d’un prix de vente, de demander au vendeur de prendre en charge une partie du coût de la G2, en contrepartie d’une réduction de prix. Cette pratique reste informelle, mais elle est juridiquement admise dès lors qu’elle est formalisée dans le compromis de vente.
Quelles sanctions en cas d’absence d’étude de sol lors de la vente ?
Un vendeur qui omet de fournir la G1 obligatoire s’expose à des conséquences juridiques sérieuses. L’acheteur peut invoquer un vice du consentement pour obtenir la nullité de la vente, ou réclamer une réduction du prix en référence à l’article 1112-1 du Code civil sur le devoir d’information précontractuelle. Le notaire, de son côté, est tenu d’alerter les parties sur cette obligation et peut refuser de rédiger l’acte en l’absence du document.
Au-delà du risque juridique, l’absence d’étude de sol expose le futur propriétaire à des désordres structurels coûteux. Les sinistres liés au retrait-gonflement des argiles représentent le deuxième poste de coût de l’assurance habitation en France, avec un coût moyen de réparation compris entre 10 000 € et 50 000 € selon la gravité des fissures. Financer une étude G1 à 1 000 € ou une G2 à 2 500 € est donc un investissement préventif largement justifié.
Les analyses en laboratoire (granulométrie, limites d’Atterberg) complètent les investigations de terrain et affinent la connaissance du comportement mécanique du sol, ce qui renforce la fiabilité des préconisations de fondations.

