La perméabilité des sols joue un rôle déterminant dans de nombreux projets de construction et d’aménagement. Elle conditionne la capacité d’un terrain à laisser circuler l’eau, influençant directement le comportement des fondations, la stabilité des ouvrages enterrés, le fonctionnement des systèmes d’assainissement ou encore l’efficacité des bassins de rétention.
Dans le domaine géotechnique, évaluer cette propriété ne se résume pas à une approche unique. Plusieurs essais spécifiques sont utilisés selon la nature des sols rencontrés, la profondeur d’étude, et les objectifs du projet. Le choix de la méthode repose donc sur une analyse rigoureuse, intégrant à la fois les contraintes du terrain et les exigences techniques.
L’essai Lefranc : une méthode adaptée aux sols perméables
Parmi les méthodes in situ les plus répandues, l’essai Lefranc s’impose comme un outil adapté aux sols à structure granulaire, notamment les sables et les graves.
Il se réalise généralement dans un forage vertical, parfois dans un piézomètre, à l’intérieur duquel on injecte de l’eau selon un régime à charge constante ou à débit constant. Le principe repose sur la mesure du débit nécessaire pour maintenir une hauteur d’eau donnée dans le forage. Ce débit, une fois stabilisé, permet d’estimer le coefficient de perméabilité horizontal du sol.
L’essai Lefranc est tout particulièrement sollicité dans les études liées à :
- la mise en œuvre d’ouvrages d’assainissement ;
- la conception de structures enterrées (parkings souterrains, cuvelages) ;
- la gestion des eaux pluviales par infiltration.
Cependant, l’essai Lefranc présente des limites dès lors que l’on s’intéresse à des sols peu perméables (argiles, limons fins), car le débit d’infiltration devient alors difficilement mesurable de manière fiable.
L’essai Porchet : une solution simple pour les terrains peu perméables

Lorsqu’il s’agit d’évaluer la perméabilité des sols superficiels argileux ou limoneux, l’essai Porchet constitue une alternative intéressante, notamment dans le cadre des projets d’assainissement non collectif (ANC).
Contrairement à l’essai Lefranc, le Porchet se réalise dans une fouille peu profonde (en général de 30 à 100 cm), où l’on remplit une cavité d’eau pour observer le temps d’infiltration dans le sol. Le test repose sur la mesure de la vitesse de diminution du niveau d’eau, ce qui permet de calculer un coefficient d’absorption (et non une perméabilité stricte au sens hydraulique).
Ses avantages résident dans sa simplicité de mise en œuvre, son coût modéré et sa pertinence dans les couches superficielles altérées. Cependant, cette méthode est peu représentative des profondeurs importantes et reste sensible aux conditions d’humidité du sol au moment du test.
L’essai à charge constante ou variable : pour des tests à l’échelle réelle
Dans certains cas, notamment lorsqu’un dispositif d’infiltration est déjà en place, il est possible de réaliser un essai à l’échelle 1, directement sur l’ouvrage. C’est le cas des bassins de rétention, tranchées drainantes ou puits d’infiltration, pour lesquels on effectue un essai à charge constante ou variable.
Le principe est simple : on remplit l’ouvrage avec un certain volume d’eau, puis on mesure la vitesse de baisse du niveau d’eau dans le temps. L’analyse permet de déterminer le taux d’infiltration réel, en tenant compte des caractéristiques locales du sol, de la compaction, et de la saturation éventuelle.
Ces essais présentent l’avantage de :
- tester la perméabilité effective dans des conditions proches de l’exploitation ;
- prendre en compte les effets de mise en œuvre, souvent absents des essais standards ;
- permettre un calibrage précis des dispositifs de gestion des eaux.
Cependant, ils nécessitent que l’ouvrage soit déjà construit ou partiellement mis en place, ce qui limite leur usage aux phases de contrôle ou d’ajustement.
L’essai triaxial : une méthode couplée pour les projets complexes

L’essai triaxial est un essai de laboratoire permettant d’analyser à la fois le comportement mécanique du sol et sa perméabilité sous contrainte. Il est réalisé sur un échantillon cylindrique saturé, généralement obtenu par carottage.
Dans ce dispositif, l’échantillon est soumis à des contraintes tridimensionnelles contrôlées (axiale et radiale), simulant les efforts rencontrés en profondeur. Parallèlement, on mesure la perméabilité hydraulique, souvent dans le sens axial.
Cette méthode est indispensable dans les projets complexes tels que :
- la conception de digues ou barrages,
- les études de stabilité de talus ou remblais,
- ou les ouvrages sensibles aux mouvements d’eau souterraine.
Le triaxial permet une analyse fine de l’interaction entre efforts mécaniques et circulation d’eau, mais nécessite des prélèvements non remaniés, un matériel spécialisé et une interprétation experte.
L’essai en cellule œdométrique : la perméabilité verticale des sols fins
Pour les sols fins à comportement consolidant, notamment les argiles saturées, l’essai de perméabilité en cellule œdométrique permet de quantifier la perméabilité verticale sous contrainte constante.
Le principe repose sur l’application d’une charge verticale sur un échantillon de sol contenu dans un œdomètre. Après avoir atteint un état de consolidation, on fait circuler de l’eau à travers l’échantillon, et l’on mesure le débit en régime stabilisé.
Cette méthode est particulièrement adaptée à l’étude des phénomènes de :
- consolidation lente (cas des remblais sur sols compressibles),
- séparation de phases (épuration, confinement de déchets),
- écoulement vertical dans les géomembranes naturelles.
Bien que très pointu, cet essai complète efficacement les autres méthodes en apportant une vision verticale et consolidée du comportement du sol face à l’eau.
Conclusion
En matière de perméabilité des sols, il n’existe pas de méthode unique. Chaque essai présenté (Lefranc, Porchet, essais à charge, triaxial, œdomètre) répond à un objectif précis, dans un contexte géotechnique donné. Ils sont complémentaires, et leur pertinence dépend de nombreux paramètres : type de sol, profondeur, conditions de saturation, exigences du projet.
Pour garantir une interprétation cohérente des résultats, il convient de s’appuyer sur l’expertise d’un bureau d’étude spécialisé capable de sélectionner l’essai le plus adapté, de le mettre en œuvre correctement, puis d’intégrer les résultats dans une analyse géotechnique complète.


